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Fissures dans les fondations de l'entité sioniste

L’un des principaux soutiens du sionisme a publié un essai* qui marque un tournant évident — et révèle une fissure réelle dans le projet sioniste. Sans renoncer explicitement au sionisme, Yuval Noah Harari démonte plusieurs de ses piliers moraux fondamentaux. 

Il rejette clairement l’idée selon laquelle les Juifs seraient les « peuples autochtones originels » de la terre, nie que les royaumes antiques ou les événements de l’époque romaine puissent fonder des droits politiques modernes, et affirme que l’histoire ne peut servir d’acte de propriété. À elle seule, cette position constitue une rupture majeure avec la justification sioniste classique.

Plus frappant encore, il reconnaît qu’au début du XXᵉ siècle, les Palestiniens disposaient d’un droit plus fort sur la terre que les immigrants juifs, et que l’antisémitisme européen n’était ni leur faute ni leur responsabilité. Le sionisme apparaît ici non comme un retour historique inévitable, mais comme un projet politique minoritaire, contesté jusque dans les milieux juifs eux-mêmes.

Harari abandonne également l’asymétrie morale profondément ancrée dans le discours sioniste. Les récits israélien et palestinien sont présentés comme également mythifiés et également destructeurs lorsqu’ils se transforment en certitudes absolues. La sécurité, les frontières et la « solution à deux États » ne sont plus considérées comme des solutions en soi ; sans légitimité mutuelle et sans générosité, elles restent vides de sens.

Cela dit, Harari s’arrête encore à mi-chemin. Les récits comptent, mais ils ne peuvent remplacer l’histoire, les droits et les rapports de force. Sans affronter les dynamiques coloniales, les asymétries structurelles et la question de la justice, les appels à la coexistence risquent de demeurer moralement séduisants mais politiquement insuffisants. Harari doit aller plus loin — mais ce qu’il affirme déjà constitue une fissure visible dans les fondements idéologiques du projet sioniste.

Benyounès Saidi

*Financial Times, « Only generosity can secure peace between Israelis and Palestinians », 8 novembre 2025

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